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Rapport national Activité A1.2 Sénégal

Dernière mise à jour : 22 févr.

Analyse des filières et évolution du cout sociétal de l’usage des Ppt


Filière des petits pélagiques côtiers au Sénégal : Formes de valorisation des produits et points d’amélioration



Les petits pélagiques côtiers sont essentiellement exploités au Sénégal par une flottille artisanale constituée de sennes tournantes et de filets maillants encerclant. Au total 1249 unités de senne tournante et 700 unités de filet maillant encerclant ont été dénombrées en 2019 au Sénégal. Si les filets maillants encerclant opèrent exclusivement dans la ZEE sénégalaise, une partie des unités de senne tournante pêchent dans les pays côtiers voisins (549 unités actives en Mauritanie et en Gambie).

L’exercice de la pêche au Sénégal est subordonné à l’obtention d’un permis de pêche pour les artisans pêcheurs dont le montant variant entre 5 000 FCFA et 25 000 FCFA selon la longueur de la pirogue.

En moyenne 278 000 tonnes de pélagiques côtiers ont été débarquées annuellement au Sénégal sur la période 2014-418. Ces espèces comptent pour 56% des débarquements totaux et pour 37% des valeurs commerciales.

Les pélagiques côtiers sont valorisés sous différentes formes. Pour la production moyenne annuelle de 278 000 tonnes, le mareyage local est nettement dominant (150 120 tonnes) suivi de la transformation artisanale (116 760 tonnes) et des exportations en entier frais/congelé (11 120 tonnes).

La valeur ajoutée moyenne annuelle dégagée par les pêcheries sédentaires de pélagiques côtiers sur la période 2014-2018 est estimée à 26.82 milliards de FCFA dont 12.49 milliards de FCFA sont tirés du segment de la production, 6.23 milliards de FCFA du mareyage, 7.11 milliards de FCFA de la transformation artisanale et 0.99 milliard de FCFA de la transformation industrielle. En termes de recettes budgétaires, les pêcheries de petits pélagiques côtiers ont généré 36 250 000 FCFA en 2018 au titre des redevances annuelles du permis de pêche.

Au plan social, le métier de pêcheur est souvent héréditaire au Sénégal. Ce qui explique la forte présence de jeunes dans la profession exposés à des conditions de travail difficiles et très peu sécurisées avec de fréquents accidents en mer.

Le braisage du poisson à même le sol continue de prévaloir dans beaucoup de sites de transformation artisanale du poisson occasionnant l’usage de grandes surfaces de braisage, l’exposition des femmes à la chaleur, à la fumée et à de fréquentes brulures.

Pour l’accès aux matières premières (poisson), les femmes transformatrices de produits halieutiques, d’une assiette financière réduite et d’un niveau d’organisation faible, subissent une rude concurrence des mareyeurs, des exportateurs de produits congelés et des usines de farine de poisson. Elles sont habituellement en marge des processus décisionnels et des politiques qui régissent leurs activités.

En termes de conditions nutritionnelles et de lutte contre la pauvreté, les petits pélagiques côtiers ont une importance stratégique de par leur accessibilité aux couches sociales vulnérables en termes de fournitures de protéines animales et de moyens d’existence. La consommation per capita de produits halieutiques pour le Sénégal a été 17.2 kg en 2018 avec une nette prépondérance des petits pélagiques côtiers. Cependant, l’émergence de l’industrie de la farine et les exportations de pélagiques congelés dans l’espace ouest-africain constituent une menace au caractère social de ces pêcheries.

Les pêcheries de pélagiques côtiers soutiennent un grand nombre d’emplois que sont environ 12 000 pêcheurs, 34 000 dans les activités de mareyage et 38 000 dans le segment de la transformation artisanale des produits halieutiques.

Sous l’angle environnemental, beaucoup de facteurs menacent la durabilité des pêcheries de pélagiques côtiers. L’usage d’engins non sélectifs accentue fortement la surexploitation des ressources de pélagiques côtiers. La forte demande en matières premières des usines de farine de poisson et des pays de la région ouest africaine en pélagiques constituent aussi un réel risque de surexploitation des stocks. Le fumage du poisson dans le contexte actuel constitue une menace pour l’environnement de par les importantes quantités de bois qui sont souvent prélevées dans la mangrove proche. La pêche est aujourd’hui menacée par les changements climatiques avec plusieurs manifestations visibles dont l’érosion côtière, l’avancée de la mer, la baisse des ressources halieutiques de pélagiques côtiers fortement corrélés à l’environnement par le phénomène de l’upwelling. Le fléchissement des stocks de poisson engendre des difficultés économiques majeures, accroit la vulnérabilité et la précarité des populations côtières et menace la sécurité alimentaire des pays.

Les produits fournis ne sont pas toujours de bonne qualité en raison de goulots d’étranglement présents sur toute la chaine de valeurs. Les conditions de conservation du poisson pélagique à bord des pirogues, de débarquement, de conditionnement et de mise en marché sont très mauvaises. Un point d’amélioration doit porter sur la gestion de la salubrité des opérations sur toute la chaine de valeurs. L’usage de containers isothermes est à expérimenter.

Le braisage du poisson se fait toujours à même le sol dans beaucoup de sites de transformation le long du littoral sénégalais occasionnant une forte production de fumée et leur propagation dans le milieu environnant et d’ importantes pertes et une mauvaise qualité des produits. L’usage du four de fumage du poisson déjà présent dans les sites doit être vulgarisé davantage en raison de sa forte charge de production, sa multifonctionnalité (braisage et fumage) et ses capacités à fournir des produits répondant aux besoins des consommateurs aussi bien sénégalais qu’étrangers.

Les sites de transformation ne sont pas différents de dépotoirs d’ordures. Un point d’amélioration pourrait être articulé autour de bonnes pratiques en matière d’hygiène et de salubrité de ces espaces.

Une meilleure valorisation des déchets du poisson braisé passe aujourd’hui par la fabrication de farine de poisson, d’aliments de bétail et de volaille et de fumure organique pour enrichir les sols et la fabrication de briquettes combustibles en association avec des résidus agricoles et forestiers. Il s’agit de professionnaliser davantage ces formes de valorisation de ces sous-produits.

La valorisation industrielle des pélagiques côtiers se limite à la production de farine de poisson ou la congélation du poisson pour l’exportation. Le point d’amélioration serait de substituer le congelé aux produits transformés artisanalement porteurs de valeur ajoutée et d’emplois.

La durabilité des pêcheries et des valeurs ajoutées générées repose sur des ressources bien gérées. Pour cela, la dynamisation de la cogestion basée sur une gouvernance participative et impliquant l’ensemble des parties prenantes est à encourager. Au-delà des mesures de gestion actées dans le Code de la pêche, les initiatives des organisations professionnelles doivent être soutenues pour une plus grande responsabilisation des communautés de pêche dans la gestion des ressources halieutiques.

Opérant à petite échelle, les acteurs de la transformation ont très peu d’initiatives et déploient donc peu d’efforts pour trouver de nouveaux marchés. Il s’agira d’appuyer la recherche de partenaires nationaux et internationaux.

L’étude a montré les faibles retombées économiques et sociales de la filière farine de poisson, leurs impacts négatifs sur les ressources halieutiques et les menaces sur la sécurité alimentaire des populations locales. Dans une approche de précaution, il s’agira d’interdire l’implication de nouvelles usines de farine de poisson.

Globalement, tous les points d’amélioration déclinés devraient déboucher sur une plus grande autonomisation des femmes transformatrices, une plus large diversification des débouchés commerciaux des acteurs et l’élargissement de l’aire de distribution des produits halieutiques sénégalais. Les mesures l’hygiène et la salubrité des aires de transformation du poisson garantirait des produits de haute gamme. Une plus grande adoption des fours de fumage déboucherait sur des produits transformés de meilleure qualité, des conditions de travail moins pénibles et une réduction de la consommation du bois et l’émission de gaz. La valeur ajoutée dégagée contribuerait à une réduction de la pauvreté des acteurs de la chaine de valeurs des petits pélagiques côtiers par des revenus additionnels conséquents.


Pour plus d'informations a ce sujet, merci de contacter info@greppao.com ou bara.deme@port.ac.uk

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